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Boycott des évaluations :témoignage d’un enseignant de CM2
Article publié le 25 janvier 2009

Champigny, le 16/01/2009

Il est vrai qu’avec philippe nous avons hésité sur la décision à prendre ; les mots de Philippe sont justes : il parle de risques traumatiques. Je crois que nous avons tous les deux parlé de bienveillance en salle des maîtres. J’ai envie de dire que nous sommes animés par le même souci de "prendre soin" de nos élèves. Ces évaluations ont oublié l’élève.

Elles éliminent l’individu -l’enfant- avec tout son vécu, bon ou mauvais élève, sage, indiscipliné, agité, effacé, que sais-je, ils ont tous leurs bons et mauvais côtés ma bonne dame.... il faut se révolter contre ces évaluations parce qu’elles sacrifient le vécu réel de ces enfants à une prétendue technicité de la pensée : en dessous de 33 % de réussite, ils peuvent justifier d’un suivi rased... Les petites cases -cages- (je me souviens de Marc qui dénonçait l’emprisonnement de gens qui relèvent de soins médicaux -psychiatriques-), les petites notes précèdent et déterminent nos existences... Les grilles d’évaluation constituent-elles la norme raisonnable qui permet de juger des qualités, des possibilités d’un enfant ?

Un enfant (n’est-ce pas les papas et les mamans, et les autres aussi), c’est toujours un projet, ça foire, ça merde, ça réussit, sait-on vraiment comment ça marche ? Et on voudrait les réduire à ce qu’ils restituent de leçons plus ou moins bien faites, plus ou moins intéressantes, plus ou moins utiles, ... Au fond, les thuriféraires de ces évaluations dans leur grande bienveillance, nous disent : l’outil est juste parce qu’il a pour fonction de distinguer là (et comment et peut-être pourquoi) où l’on réussit et là (idem) où l’on échoue. Cette connaissance permettra (c’est le fantasme démagogique de tous nos évaluateurs), de n’avoir que des élèves qui réussissent (mais, putain, si tous nos petits Français pouvaient se classer comme des Finlandais). Pas de pot, ça marche pas.

Et Philippe et moi, nous gardons bien serré dans notre poing, un peu de liberté, un peu de soin, d’attention, pour ces petits qui ne réussiront pas leur évaluations. La meilleure réponse à ceux qui veulent imposer la compétition entre écoles, entre équipes, entre enfants, entre catégories socio-professionnelles, ...) : nous ne jouerons pas ce jeu là. Nous ne ferons pas passer ces évaluations.

Pierre-Yves Bernard