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Charente, Quand les écoles entrent en résistance !
Article publié le 18 décembre 2008

Au départ c’était un chuchotement, puis une voix claire. C’est maintenant une polyphonie. L’école se réveille et mobilise. De plus en plus de profs, de parents, d’« amis » de l’éducation s’inquiètent des « menaces » qui pèsent selon eux sur l’école publique. Sur l’enseignement plus généralement. En Charente, une seule école, celle de Javrezac, avait allumé la lumière pour la première Nuit des écoles au mois de juin afin de dire « non » aux réformes engagées par Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale.

Cette fois, plus de cinquante écoles et quatre collèges organisent des moments de rencontre avec les parents, les élus et tous ceux que l’avenir de l’enseignement intéresse. Mardi soir à Soyaux, huit écoles ont ainsi joué les prolongations tard dans la nuit. A Aigre, une cinquantaine de personnes ont participé à un apéro-débat (lire en pages Ruffécois). Hier, une manifestation a réuni un bon millier de personnes à Angoulême : profs, parents, lycéens, auxiliaires de vie scolaire, etc. Demain, ce sont des dizaines d’écoles partout en Charente qui vont à leur tour « ouvrir le débat » autour de l’avenir de l’éducation (lire par ailleurs).

« ça fait froid dans le dos »

Ces « rendez-vous citoyens » permettent souvent des échanges assez riches avec d’un côté des professeurs visiblement très inquiets de ce que les « réformes Darcos » vont changer dans le quotidien des établissements scolaires et pour les élèves ; de l’autre des parents souvent très surpris de ce qu’ils entendent. « Je découvre des choses incroyables et les médias n’ont pas beaucoup parlé de tout ça. Franchement, ça fait froid dans le dos », remarquait une maman mardi soir à Soyaux.

Dans les écoles transformées le temps d’un soir en forum, où les gâteaux secs et les mandarines côtoient une motte de grillon, les profs reconnaissent « innover, sortir des clous ». Pour lancer la discussion, ils essayent de détailler les conséquences des réformes : « Création de jardins d’éveil à la charge des communes pour remplacer les maternelles, réduction du temps d’enseignement, suppression des aides spécialisées, les Rased, aux élèves en difficulté, postes supprimés, nouveaux programmes réducteurs et inadaptés, création des établissements publics d’enseignement primaire et menace des petites écoles, destruction des associations d’éducation populaire, fin des instituts de formation des maîtres, fin des BEP, dévalorisation du bac… »

A l’école Célestin-Freinet, une anecdote concrète : « Le voyage que les gamins ont fait l’an passé à Font-Romeu, c’est fini, plus de crédits. » Nadège, une enseignante de l’école maternelle voisine, enfonce le clou. « L’aspect familial des petites structures qui garantissait un suivi efficace, ça aussi c’est menacé, comme le principe de laïcité, d’égalité des chances… »

Ali, un parent d’élève, se fâche. « On paye des impôts pour être solidaires, pour que les mêmes chances soient offertes à tous. Pas pour que le gouvernement donne des milliards aux banques… » Il promet de rester mobilisé. Certains parents imaginent des blocages symboliques d’écoles, des manifestations…

Juste à côté, à l’école Edouard-Herriot, des mamans réunies devant un tableau noir écarquillent les yeux en écoutant la journée d’Enzo, gamin de CP en 2012, une fiction que la réalité pourrait rattraper. Un scénario anonyme très noir, devenu en quelques mois un texte étendard qui ramasse toutes les inquiétudes : des classes surchargées, des élèves oubliés ou carrément exclus, des méthodes de travail aberrantes, etc. « Une projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement », assurent les enseignants.

« La France d’en bas abandonnée »

Fanta Diallo, élue PS d’opposition à Soyaux, a fait le tour des huit écoles « allumées » dans sa commune mardi soir. « Xavier Darcos a réussi à mobiliser tout le monde contre lui. J’ai l’impression que le gouvernement veut créer une élite et abandonner la France d’en bas, les enfants en difficulté. Ici ça ne passe pas. »

Nuit des écoles mais également désobéissance ou cybermobilisation, plusieurs enseignants de Charente entrent concrètement en résistance. Certains ont même posté une lettre à leur inspecteur hier pour dire qu’ils n’appliquent pas les nouveaux programmes (lire ci-dessous). Ces « pédagos-résistants » affichent leur conviction. « On veut une école publique de qualité pour tous. On ne veut pas la perturber mais au contraire la protéger contre les menaces qui pèsent sur elle. Les mesures gouvernementales désorganisent petit à petit l’école publique et la menacent dans ses fondements. On doit résister contre ce dynamitage. » Une résistance qui commence à faire du bruit.