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Coup de gueule d’une PSY EN contre l’obligation vaccinale
Article publié le 15 novembre 2021

Après avoir été imposée aux soignants et certaines professions, l’obligation vaccinale est étendue depuis le mois d’octobre a certains travailleurs de l’ Éducation Nationale : les personnels de santé, éducateurs et éducatrices en institution comme les Instituts Médicaux Educatifs (IME), les infirmiers et infirmières ou médecins scolaires, ET les psychologues de l’Éducation Nationale.

Le texte en PDF, ici :

Coup de gueule d’une psychologue de l’éducation nationale premier degré.

Dès le mois de septembre l’obligation vaccinale est étendue aux personnels de santé de l’Éducation Nationale par le gouvernement, sans aucune concertation.

Après avoir été imposée aux soignants et certaines professions, l’obligation vaccinale est étendue depuis le mois d’octobre a certains travailleurs de l’ Éducation Nationale : les personnels de santé, éducateurs et éducatrices en institution comme les Instituts Médicaux Educatifs (IME), les infirmiers et infirmières ou médecins scolaires, ET les psychologues de l’Éducation Nationale. Cette mesure nous a été annoncée par surprise et par mail rectoral le 24 septembre, imposant la vaccination sous trois semaines, soit pour le 15 octobre, avec menaces de suspension si refus de transmettre son certificat de vaccination.

Notre secteur est le seul astreint à l’obligation vaccinale dans l’ Éducation Nationale du seul fait d’être personnel de santé alors qu’en réalité nous avons affaire au même public que le reste des travailleurs de l’éducation.

Cette nouvelle extension de la politique répressive du gouvernement en matière sanitaire à l’encontre de ces secteurs de l’éducation est d’autant plus scandaleuse que la politique sanitaire dans l’éducation a été un révélatrice de l’inconséquence du gouvernement en la matière.

On se rappelle, en pleine 2e vague, des protocoles sanitaires inexistants où impossibles à mettre en œuvre au vu des conditions matérielles, consistant pour l’essentiel à aérer les salles de classe. cette politique a eu des conséquences humaines désastreuses. Elles ont pu être dénoncées par les travailleurs de l’éducation eux-mêmes, mobilisé.e.s dans certains secteurs géographiques pour imposer des protocoles sanitaire pensés depuis le terrain.

Aujourd’hui, après avoir allégé les protocoles sanitaires en supprimant le port du masque pour les élèves de l’école primaire dans une majorité de départements pour ensuite les rendre à nouveau obligatoire à peine quelques semaines plus tard, l’obligation vaccinale nous fait porter la responsabilité dans la transmission du virus, alors que dès la sortie du 1er confinement nous avons été envoyé.e.s sans consigne accompagnement ou protection face au Covid dans les écoles, collèges ou lycées.

Or, si la colère est présente face à cette politique autoritaire du gouvernement, comme l’ont montré les mobilisations contre le passe sanitaire, dans le monde du travail les grandes organisations syndicales se refusent à s’emparer de cette lutte.

En effet, si ces centrales syndicales se sont la plupart du temps positionnées contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale, dénonçant ainsi ces mesures comme des attaques contre le monde du travail et refusant les sanctions inhérentes, elles n’ont pas réussi à proposer un plan de bataille qui permettent aux travailleurs et travailleuses de s’organiser sur leurs lieux de travail face à cette répression.

Cette situation a laissé de fait les personnels livrés à eux-mêmes face au risque de sanction. Cette absence de plan de bataille s’accompagne d’un positionnement trop flou concernant la vaccination elle-même, sans revendication systématique de la levée des brevets des vaccins, en se réfugiant derrière le caractère individuel de cette vaccination ce qui a laissé une brèche béante de défiance des travailleurs et travailleuses envers la vaccination associée désormais au gouvernement et à sa politique autoritariste.

Le monde du travail est désormais impacté par l’obligation vaccinale et les suspensions de fonctions et de salaire qui vont avec. Il est donc impératif que les organisations syndicales prennent une position plus affirmée pour une vaccination au service du collectif qui soit pensée et proposée pédagogiquement à l’ensemble des personnels avec la levée immédiate de toute sanction.

Il va être important que soit revendiquée également le fait que ces mesures soient accompagnées d’une vraie politique sanitaire et sociale avec création des postes nécessaires, avec les revalorisations des salaires et des moyens matériels dans tous les domaines du soin, qu’ils soient dans les structures médicales ou au sein de l’Éducation Nationale, et d’anticiper ainsi les besoins médico-sociaux et psychologiques à venir.

De fait, l’obligation vaccinale s’inscrit dans un contexte de multiplication des attaques envers les personnels de la santé dans l’Éducation : manque de postes, non remplacements, territorialisation…

En tant que travailleurs et travailleuses de l’Éducation, nous sommes aussi confronté.e.s en permanence au manque global de moyens, dégradant nos conditions de travail et nous empêchant de proposer un service à la hauteur des besoins.

C’est notamment flagrant en ce qui concerne les élèves dans le champ du handicap avec des AESH en nombre insuffisant, sous-payé.es et de plus en plus malmené.e.s, des dispositifs spécialisés saturés dans les écoles (ULIS pour les primaires, collèges et lycées) comme dans les institutions de soin (IME ou SESSAD), des enseignants en grande souffrance face à des élèves en situation de handicap car sans accompagnement ou sans soins adaptés à leurs besoins dans les classes, sans compter le matériel vétuste ou insuffisant.

A titre d’exemple, sur le sud Seine et Marne où je travaille, le nombre de postes non pourvus a augmenté considérablement par rapport à l’année dernière avec une surcharge de travail insupportable en ces temps de post-confinement où les besoins se sont multipliés de façon vertigineuse : à Melun à la rentrée, il n’y avait qu’un.e psychologue titulaire sur cinq postes, à Dammarie Lès Lys comme à Fontainebleau, c’est deux psychologues titulaires sur quatre, avec recrutement de psychologues vacataires sous-payé.e.s et sur-exploité.e.s qui ne combleront pas les besoins car insuffisant.e.s en nombre.

Sur Sénart, après quatre ans à fonctionner à trois psychologues pour quatre postes (cela fait trois ans qu’on nous demande de nous répartir le travail laissé vacant par le poste non pourvu) nous sommes enfin au complet mais la psychologue qui arrive sur la circonscription risque une suspension de salaire et de fonction du fait de l’obligation vaccinale.

C’est pourquoi, pour imposer un véritable plan de bataille qui articule refus des sanctions et de la politique autoritaire du gouvernement à la lutte pour une politique sanitaire et sociale à la hauteur des besoins, il nous faut revendiquer un investissement massif dans la santé et l’éducation et imposer un contrôle par les travailleurs et travailleuses qui pratiquent et font vivre les soins.

En effet, la crise sanitaire a bien démontré qu’à aucun moment nous ne pouvons faire confiance aux gouvernements ou au patronat quant à une politique de santé et de services publics à la hauteur des besoins de toutes et tous qui bénéficions de ses services à missions publiques.

Par Jocelyne Clément, psychologue éducation nationale 1er degré