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Non à la continuité pédagogique !
Article publié le 9 avril 2020

La continuité pédagogique en ces temps troubles est un leurre contre lequel il faut lutter.

Depuis la fermeture des établissements scolaires décrétée par le Président de la République le 12 mars 2020, Sud Education 77 s’interroge sur la multiplicité des messages contradictoires et anxiogènes qui font florès via des canaux divers et variés. Non, le pays n’était alors absolument pas prêt à la « continuité pédagogique ». Et il est illusoire de demander que cette continuité pédagogique perdure pendant les vacances de Printemps.

Cacophonie et injonctions contradictoires.

La chaîne de communication est complètement brouillée. Sud Education 77 dénonce la multiplicité des annonces qui sont devenues quasi quotidiennes : communiqués télévisés et vidéos diffusées par courriel du ministre de l’Education Nationale, courriels des personnels de direction des établissements scolaires via Environnement Numérique de Travail et messageries professionnelle/ personnelle à destination des enseignant.e.s et parents d’élèves, courriels des IPR à destination des enseignant.e.s avec renvoi vers des sites Internet, Padlets...
Lorsque ces informations sont croisées, des injonctions contradictoires émergent et ne font qu’accentuer le climat déjà suffisamment anxiogène de la situation sanitaire que nous vivons tou.te.s.

Mise en danger des personnels et des parents d’élèves

Malgré le confinement quasi absolu qu’il est demandé de respecter, des personnels de direction ont proposé aux enseignant.e.s et parents d’élèves de rapporter des documents de travail en version papier dans leurs établissements, voire même dans des commerces qui auraient été « point relais ». Or, ni les enseignant.e.s, ni les parents d’élèves, ne doivent prendre de risque de contamination au nom d’une continuité pédagogique qui est un leurre. Cette situation exceptionnelle ne fait que mettre en exergue les disparités sociales et la fracture numérique dont nombre de familles souffrent dans leur quotidien. Les enseignant.e.s ont déjà eu fort à faire ces dernières semaines pour recalibrer leur mode de communication et d’enseignement, et pour pouvoir les adapter à des outils numériques capricieux (nombreux bugs des Environnements Numériques de Travail, interfaces de classes en lignes trollées). Le télétravail ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire et ne peut être imposé sans l’octroi du matériel et de la formation pour le maîtriser qui va avec.

Maintien incohérent des examens blancs et de la plateforme Parcoursup

Malgré les demandes de limiter les évaluations, que ce soit de la part des représentants de parents d’élèves (voir communiqué de presse FCPE du mardi 31 mars 2020), mais aussi bien souvent des familles et élèves directement auprès des établissements et enseignant.e.s, des examens blancs ont été maintenus. La distance créée par le télé-enseignement ne saurait permettre le maintien de quelque évaluation que ce soit, aussi bien formative que sommative, sans susciter anxiété et inéquité de traitement.

Le Ministère ne semble pas non plus décidé à arrêter la machine à tri social qu’est Parcoursup. Les conseils de classe se sont déroulés sur sur tout le territoire, y compris sous des formes non réglementaires (absence des délégués élèves et parents) et la plateforme Parcoursup n’est pas mise en suspens. SUD éducation n’a cessé de dénoncer l’existence de cette plateforme qui ne fait qu’accentuer le tri social – ce que confirme même la cour des comptes ! – et la dénonce d’autant plus que cette machine opaque s’exerce avec encore moins de contrôle.

Cette non suspension de la plateforme aggrave encore les inégalités : les candidat.e.s, qui ont déjà entré leurs vœux, ont cependant jusqu’au 2 avril pour les confirmer et compléter leurs dossiers de candidature. Cette opération très lourde renforce encore les inégalités : quelle aide peut leur être apportée pour cette tâche par des enseignant.e.s déjà débordé.e.s par le maintien du lien à distance avec les élèves ? Comment pallier les inégalités d’accès au numérique qui se révèlent crûment ? Nombre d’élèves comptaient réaliser ces dossiers dans l’établissement, en utilisant ses équipements numériques, que certain-e-s n’ont pas chez elles-eux.

Cette obstination à vouloir à tout prix maintenir les remontées pour le 2 avril est d’autant plus absurde que les établissements du supérieur ne peuvent trier les dossiers en ces temps de confinement. Les enseignant.e.s du supérieur consacrent déjà davantage de leur temps à leurs enseignements que d’habitude du fait de la charge de travail à distance : vont-ils/elles en plus éplucher les milliers de dossiers Parcoursup et délibérer à distance ? Ce problème se pose d’autant plus que de nombreuses universités se demandent déjà comment délibérer pour valider le premier semestre de leurs propres étudiant.e.s en raison du report de certains partiels.

« Vacances apprenantes » et aménagement des examens

Le mardi 31 mars, la vidéo du ministre Jean-Michel Blanquer envoyée par courriel est venue rajouter de la confusion à un contexte de travail extrêmement tendu. Ce support de communication vidéo est court, creux et ne fait que présenter des concepts flous. Après avoir annoncé la « continuité pédagogique », le concept de « vacances apprenantes » a fait l’objet d’un éclairage digne d’un numéro d’équilibriste, et enfin univoque, par le collège des IA-IPR de l’académie de Créteil (voir document du mardi 31 mars 2020). Ce document de cadrage a été rebasculé aux enseignant.e.s à la fois par les IPR de chaque discipline, et par les personnels de direction, en toute fin de semaine seulement.

Or, comment croire, après une période aussi éprouvante de trois semaines de réinvention complète de la vie, et par la même de l’école via des outils numériques aussi incertains qu’imparfaits, que les enseignant.e.s, les élèves et leurs parents pourront poursuivre un travail scolaire pendant les vacances de Printemps ? Non, ces vacances de Printemps 2020 ne sont pas des vacances comme les autres. Au contraire, elles doivent être un temps de repos absolu, mais aussi de prise de recul sur ce que nous sommes en train de vivre afin de retrouver un tant soit peu de mesure et de sérénité.

Toujours dans la multiplicité des supports de communication, le vendredi 3 avril, via conférence de presse sur une chaîne d’information en continu, le ministre de l’Education, a annoncé le maintien des examens en utilisant leur validation sous forme de contrôle continu. Là aussi, ce numéro d’équilibriste n’a pas permis à l’ensemble des personnes concernées de bien comprendre la chose. La foire aux questions de 11 pages émise le 4 avril 2020 sur le site du ministère de l’Education Nationale illustre bien la confusion qui règne. Nombre de questions demeurent sans réponse. Par exemple, quid des candidats qui souhaitaient passer des options artistiques ?

A présent, en attendant une hypothétique réouverture des établissements d’ici la fin de l’année scolaire, avant toute reprise, et sous couvert d’une campagne massive de dépistage systématique de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative comme l’a statué le CHSCT du 03 avril, le seul lien que nous aurons semble-t-il à maintenir avec les élèves, sera d’ordre humain, social, culturel, pédagogique, mais en aucun cas scolaire au sens stricto sensu du terme. La seule urgence, ce n’est plus l’école pour l’école, le bachotage pour le bachotage, mais l’urgence sanitaire. Il est grand temps de retrouver de la cohérence et de la sérénité dans la réflexion et dans la communication qui s’en suit. Pour le bien de tou.te.s.
SUD Education 77