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Service public d’éducation : Marseille entre en résistance
Article publié le 18 décembre 2008

Service public d’éducation : Marseille entre en résistance (Rue 89)

Alors que les syndicats sont reçus ce jeudi 4 décembre par le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, une "veillée des écoles" est organisée à Marseille par les enseignants et parents d’élèves pour informer sur les grands enjeux d’éducation et les risques posés par les réformes. Celles déjà mises en œuvre comme celles à venir.
Pour le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri, interrogé avant sa visite chez Xavier Darcos, "les petits pas en arrière du ministre ces derniers jours -il s’est excusé à propos de ses déclarations sur le travail des instituteurs de maternelle et est revenu en partie sur la suppression des Rased, ne sont néanmoins pas suffisants".
Les lycéens bloquent leurs établissements

Dans le secondaire, les lycéens marseillais sont particulièrement mobilisés. Mardi matin, une dizaine d’établissements étaient bloqués. Rebelote ce mercredi où, devant le lycée Montgrand, situé juste en face de la Préfecture, les forces de l’ordre ont délogé les élèves "grévistes" qui bloquaient l’entrée de leur établissement à l’aide de poubelles, en faisant notamment usage de gaz lacrymogène.

Ce jeudi, pas vraiment échaudés, les lycéens ont renouvelé leur blocus mais ils avaient cette fois-ci prévu des fleurs à offrir aux policiers.

C’est néanmoins dans le primaire que la mobilisation reste la plus forte. La "veillée des écoles" devrait être organisée dans une soixantaine d’écoles maternelles et élémentaires du département des Bouches-du-Rhône. Outre l’assemblée générale des établissements en grève, plusieurs syndicats d’enseignants, dont le SNUipp, majoritaire dans le premier degré, ont appelé à mettre en place cette veillée.
Pour les en dissuader, l’Inspection d’académie a fait partir, mardi en fin d’après-midi, une circulaire dans laquelle elle mettait discrètement la pression sur les écoles les plus en pointe dans le mouvement.

Tour d’horizon des dossiers sensibles avec quatre enseignants et un lycéen marseillais.

Le réseau d’aide spécialisée

Yves Assassin est maître d’adaptation dans trois écoles du centre-ville. Il est l’un de ces instituteurs "Rased" (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) dont il est beaucoup question ces derniers jours. Depuis que Xavier Darcos a annoncé leur suppression.
Même si ce dernier a fait un pas en arrière cette semaine -3000 postes "seulement" supprimés sur 8000- Yves Assassin déplore la casse d’un "dispositif unique" qui permet d’aider les enfants "en très grande difficulté" et qui leur donne la possibilité, pour s’en sortir, de faire "un pas de côté".

Yves Assassin estime par ailleurs que le dispositif "d’aide personnalisée" mis en place à la rentrée 2008 n’est en rien comparable avec les Rased.
"Il ne s’agit pas de remédiation, c’est autre chose, ce n’est pas mauvais en soi pour des élèves qui ont de petites difficultés, mais ce n’est pas le même public et l’administration elle-même le reconnaît.
"Dans la circulaire d’installation de ce nouveau dispositif, il est bien précisé que ce ne sont pas les élèves en très grande difficulté qui doivent intégrer ces groupes d’aide personnalisée".

La suppression de la maternelle

Amandine Isaia est institutrice et directrice à l’école Cité Saint-Louis, dans les quartiers Nord de Marseille. "Directrice pour le moment", précise-t-elle, car elle en assure la direction à tour de rôle avec ses autres collègues.
"C’est une toute petite maternelle comme on n’en fait plus" avec quatre-vingt enfants, trois classes seulement, une par section.
La mise en place de "jardins d’éveil" pour les enfants âgés de deux-trois ans, telle que présentée début novembre dans le rapport Papon-Martin signe, selon elle, la disparition à plus ou moins court terme de la maternelle.
"C’est un projet extrêmement dommageable pour de nombreuses familles, notamment dans certains quartiers dits défavorisés où la scolarisation des enfants de deux ans est essentielle. C’était d’ailleurs l’un des grands enjeux des zones d’éducation prioritaires."
Pour Amandine Isaia, ce démantèlement de la maternelle "ne fait qu’aller dans le sens de toutes les réformes de Xavier Darcos" : "On tend vers une libéralisation de l’école en même temps qu’une remise en cause du principe même d’égalité des chances."

L’agence de remplacement, les suppressions de postes

Cynthia Bourdier est institutrice remplaçante à la maternelle Abeille-Consolat (Ier arrondissement). Elle évoque le projet d’Agence nationale de remplacement, également avancé ces derniers mois par le ministère de l’Education.

Le projet pourrait accélérer l’embauche de vacataires dans l’Education nationale et fragiliser davantage le dispositif actuel de remplacement des enseignants. Selon elle, "si on ne sait pas grand chose du projet", il est en parfaite corrélation "avec l’annonce de la suppression de 13 500 postes d’enseignants supplémentaires l’an prochain, la mise en place du service minimum d’accueil ou encore la fermeture des listes complémentaires".

La réforme des lycées

Marwan Mettouchi est en terminale au lycée Montgrand, également responsable du syndicat lycéen Fidl Aix-Marseille. En seconde dans son établissement, les élèves sont entre 30 et 35 par classe. Une situation qui, selon lui, ne fera que se renforcer avec la suppression annoncée de postes d’enseignants et la réforme du lycée :
"Marseille doit être le fer de lance du mouvement national parce que le recteur et son équipe sont à l’origine de la réforme du lycée".

Casse de l’école et désobéissance

Chloé Herszkowicz est directrice de l’école des Dames, maternelle située en zone d’éducation prioritaire. "C’est une école un peu particulière, explique-t-elle, car je récupère tous les enfants du centre-ville qui n’ont pas eu de place dans leur école de quartier."
"Il y a donc une population très changeante avec beaucoup d’enfants qui vivent dans une très grande pauvreté et d’autres qui sont mieux lotis. Il y a de fait une mixité sociale qui apporte énormément de richesse à tout le monde."

Pour elle, l’école que prépare le gouvernement va disloquer ces solidarités, creuser les inégalités entre les enfants, entre les familles, et instituer un système scolaire à l’anglo-saxonne. Les prétextes budgétaires masquant mal l’idéologie de la politique régnant actuellement.

Chloé Herszkowicz évoque la "lettre de désobéissance" qui circule depuis plusieurs jours et qu’ont choisi de signer de nombreux instituteurs pour justement dénoncer cette politique. Refusant ainsi d’appliquer les nouveaux programmes, de mettre en place l’aide personnalisée, etc. A Marseille, toutes les lettres recueillies seront remises à l’Inspecteur d’académie vendredi 5 décembre.